Il est certainement le plus mauvais ministre de l’après-guerre dans le plat pays. Incendié dans les journaux depuis son accession à la vie politique fédérale belge, Yves Leterme n’est pas la hauteur de la tâche. Manque de chance: il en a de lourdes devant lui, et accumulées elles forment une montagne inédite pour un Premier belge.

Jim Broadbent a incarné Le Principe de Peter
Le vilipender ici n’a guère de portée. Et si les médias du Royaume brûlent, s’usent à dire “cette fois, Leterme a perdu sa crédibilité” -en fait, cela fait deux ans qu’ils répètent cela: sont-ils eux-mêmes crédibles? -, ils s’emportent dans des élans journalistiques qui font sourire. Du moins, vu d’ici.
La Grande Béatrice Delvaux, du Soir, termine son éditorial avec un mot-phrase: Urgemment. La veille, elle parlait du principe dit de Peter, ne remarquant pas que selon ce même principe, elle était elle-même incompétente. Michel Konen, de la Libre, prend aussi la plume avec gravité: il faut qu’Yves Leterme passe la main.
Entre un style pâlement hérité de J’accuse et une sincérité naïve, les hauts responsables du pouvoir quatrième emmènent la marche à la fin de Leterme. Éditorialement parlant, c’est pleinement justifié. Ils n’ont pas d’autres choix que de prendre cette position.
Pourtant ce Leterme est bien charmant. Il pleure, nous rapporte Béatrice Delvaux. Il a besoin de dormir? Il dort. Il avait aussi été gravement malade il y a quelques mois. En fait, il ressemble à un garçon dépassé par les évènements, typiquement celui qui “n’avait pas voulu que tout cela arrive”. C’est arrivé, et voilà le pays qui s’arrache les cheveux.
Leterme est un bonhomme qui a le mérite d’être sincère, tant dans ses paroles que dans ce qui transparait de sa manière de vivre. Pour la Belgique, la catastrophe qu’il provoque oblige chacun à assumer ses responsabilités. Un pays à genou est un pays qui se pose des questions essentielles sur lui-même. La Belgique vivait comme un mari qui se montrait sous un beau jour, qui parvenait même à y croire, et qui ne se rendait pas compte que son couple pourrissait de l’intérieur.
Yves Leterme est un mal salutaire pour la Belgique. Mais l’admettre, c’est se tirer une balle dans le pied.
Ce texte a été publié dans les Chroniques des Abonnés du journal Le Monde.fr