30 degres au-dessus de zero

9 janvier 2009 - Laissez un Message

Il fait froid. Peut-etre un peu meilleur que les autres jours. La neige tombe un peu moins, il y a cinq ou six centimetres par endroit. Prague est blanche, et mes chaussettes legeres aspirent le froid avec une rapidite qui effraie mes pieds.

Dans les interieurs, de la boue partout, de l’eau. Mais d’ou vient cette boue? C’est vrai, d’ou vient-elle? Nos villes ne connaissent pas la couleur de la terre. Peut-etre est-ce de la poussiere, invisible par temps sec, que la neige revele comme un papier buvoir.

Quel contraste! Alors que l’hiver est un blanc pur dessine avec des formes sensuelles, c’est sa salete et son desordre que les usagers retiennent. C’est aussi les mois noirs, ou l’on part de la maison dans le froid et la penombre, ou l’on y revient dans les memes conditions. Et dans les mains de cette longue nuit, il  y a la lumiere reconfortante des personnes que l’on aime, la chaleur de se sentir vivre.

Business matters

8 janvier 2009 - Laissez un Message
Le travailleur tranquille

Le travailleur tranquille

La madame automatique ne parle plus, alors le chauffeur du métro doit annoncer les stations. Avec une flemme même pas voilée.

Ça me rappelle du caissier du magasin d’alimentation Albert. Il aurait été le figurant idéal d’un film sur les victimes du capitalisme. En plus il paraissait un peu handicapé. Son sourire inspirait la pitié que l’on éprouve pour les “héros malgré eux”. Derrière son comptoir, son tapis roulant et sa machine qui affiche des chiffres verts et crie bip, le caissier d’Albert devenait la victime naïve d’un monde qui abuse de lui comme un adulte abuserait d’un enfant.

Voilà: travailler dans le business, c’est soit voir le monde en perte de sens, soit penser que chacun a sa chance dans le chacun pour soi.

Et le gars du métro parle toujours. Le timbre dépité, désabusé, à répéter la même phrase toutes les minutes, station après station. Depuis tôt les matines. Ah! Voudrait-il me surprendre? Crier “Station Radlická, faites gaffe aux doigts car je ferme la porte!”. Mais jamais il n’oserait. Entre les stations, dans l’ombre du tunnel, il se motivera. Alors il aura l’air d’avoir un peu d’entrain. Ou alors nous entendrons une lassitude profonde.

Plutôt que d’écouter cet humain mécanisé, nous l’oublions: nous lisons, nous perdons dans notre téléphone, parfois même discutons, et j’écris.

La distance

24 décembre 2008 - Laissez un Message

Annuler la distance, c’est le Graal de l’itinérant. Contre la solitude, rien de plus réconfortant. On rêve qu’il n’y a plus de frontières, ou qu’elles sont si minces. Que l’on peut sauter dans l’avion et rejoindre ses amis. Que l’on peut leur téléphoner. Ou envoyer des emails.

Mais la distance est implacable. Et l’itinérant n’ose se l’avouer. Partir, c’est être seul. Seul avec son passé, son présent, son futur. Vouloir les maîtriser, maîtriser sa vie. Partir, c’est être seul. Avoir au fond de soi quelque chose d’ici, quelque chose d’ailleurs. Enfermer jalousement ses secrets, ses rêves.

Au loin, ceux qui nous aiment. A cet endroit chaleureux au loin dans notre mémoire.

En fait d’emails, de téléphone: moins de tranches de vie passées ensemble. La distance, c’est cela. Ne plus vivre de rapport humains, physiques, avec nos proches. Entendre leurs mots résonner, tenter de les recadrer dans leur univers que l’on connaissait si bien. Mais plus le fou rire anodin à propos d’une frite qui aurait volée d’une assiette à l’autre lors du repas du soir.

Yves Leterme, ou quand tout le monde s’en mêle le pinceau

19 décembre 2008 - Laissez un Message

Il est certainement le plus mauvais ministre de l’après-guerre dans le plat pays. Incendié dans les journaux depuis son accession à la vie politique fédérale belge, Yves Leterme n’est pas la hauteur de la tâche. Manque de chance: il en a de lourdes devant lui, et accumulées elles forment une montagne inédite pour un Premier belge.

Jim Broadbent a incarné Le Principe de Peter

Jim Broadbent a incarné Le Principe de Peter

Le vilipender ici n’a guère de portée. Et si les médias du Royaume brûlent, s’usent à dire “cette fois, Leterme a perdu sa crédibilité” -en fait, cela fait deux ans qu’ils répètent cela: sont-ils eux-mêmes crédibles? -, ils s’emportent dans des élans journalistiques qui font sourire. Du moins, vu d’ici.

La Grande Béatrice Delvaux, du Soir, termine son éditorial avec un mot-phrase: Urgemment. La veille, elle parlait du principe dit de Peter, ne remarquant pas que selon ce même principe, elle était elle-même incompétente. Michel Konen, de la Libre, prend aussi la plume avec gravité: il faut qu’Yves Leterme passe la main.

Entre un style pâlement hérité de J’accuse et une sincérité naïve, les hauts responsables du pouvoir quatrième emmènent la marche à la fin de Leterme. Éditorialement parlant, c’est pleinement justifié. Ils n’ont pas d’autres choix que de prendre cette position.

Pourtant ce Leterme est bien charmant. Il pleure, nous rapporte Béatrice Delvaux. Il a besoin de dormir? Il dort. Il avait aussi été gravement malade il y a quelques mois. En fait, il ressemble à un garçon dépassé par les évènements, typiquement celui qui “n’avait pas voulu que tout cela arrive”. C’est arrivé, et voilà le pays qui s’arrache les cheveux.

Leterme est un bonhomme qui a le mérite d’être sincère, tant dans ses paroles que dans ce qui transparait de sa manière de vivre. Pour la Belgique, la catastrophe qu’il provoque oblige chacun à assumer ses responsabilités. Un pays à genou est un pays qui se pose des questions essentielles sur lui-même. La Belgique vivait comme un mari qui se montrait sous un beau jour, qui parvenait même à y croire, et qui ne se rendait pas compte que son couple pourrissait de l’intérieur.

Yves Leterme est un mal salutaire pour la Belgique. Mais l’admettre, c’est se tirer une balle dans le pied.

Ce texte a été publié dans les Chroniques des Abonnés du journal Le Monde.fr

Where do I start, where do I begin

15 octobre 2008 - Laissez un Message

C’était un soir comme celui-ci, où la pénombre laisse entrevoir le rai de lumière derrière la porte. C’était ce soir. Un soir de panique, où il faut marcher. Entrer enfin dans cette cour des autres, ce monde inconnu. Les enfants doivent faire leurs premiers pas en classe, les adolescents doivent poser leur premier baiser, les jeunes adultes doivent entrer dans le monde du travail, les adultes doivent, les adultes… puis les jeunes retraités doivent changer leurs habitudes. Et enfin on doit se préparer à mourir. Après, une autre porte.

Puis il y a ceux qui ont une vie en feu d’artifice. Qui font tout à la fois, dans une symphonie désordonnée, sorte d’art expressif duquel l’auditeur sort moins indemne que l’auteur. A la fin, on regarde cette oeuvre interminable, que seule la mort clot. C’est une vie où tout prend sens, où chaque élément est lié de sa chair avec l’autre.

Mais il faut rendre des comptes, de toute façon. Le monde est payant. On attend quelque chose, on doit quelque chose. C’est bien normal, c’est la vie en société, qu’il s’agisse de faire du troc ou de la haute finance.

A force de vouloir faire plein de choses, on se répand. Mais l’on s’étend. On est étriqué, on est fier.

Le cul entre deux chaises aère.

La ligne Amérique Nord-Sud

11 août 2008 - Laissez un Message

Oui euh non, il ne s’agit pas de Coopération au développement. Plutôt d’un voyage qui se déroule à la fois aujourd’hui et à travers les temps.

L’Australien qui loge à l’étage du haut (du lit à l’auberge) fait ce parcours de l’impossible: Amérique du Nord > Amérique du Sud. Magellan n’a pas fait cet exploit, mais en avion, qui sait ce que le vieux barbu aurait pu… L’Australien a démarré de San Francisco, passe par Montréal, descend sur New York puis s’envole pour le Chili, le Brésil et l’Argentine.

Traverser l’Amérique d’un pôle à l’autre, une odyssée. En avion, somme toute, pourquoi pas. Mais le charme n’est-il pas rompu…? L’Amérique est un continent de découvreurs*. Résultat du dangereux mélange de rêve d’horizons de quelques illuminés et celui, plus pragmatique, de la géostratégie financière des Ibères.

Non! Survoler ce continent, c’est faire vite en besogne.

Traversons plutôt ce continent en paix avec l’histoire, les yeux grands ouverts et l’envie de connaître. C’est cela, découvrir. Comme un spéléologue dans l’inconnu: il sait l’histoire des roches, mais il avance lentement, prend le temps de vivre ce qu’il découvre, et continue en n’emportant avec lui que des notes. Parfois des croquis, des images.

La pointe Nord de l’odyssée serait assez logiquement le Détroit de Bering, ce haut lieu des jeux entre le climat et l’humanité. Quant à la pointe Sud, ce serait inévitablement le Cap Horn, cap maritime redoutable.

Détroit de Béring. Traversée de l’Alaska. Les Rocheuses. Midwest. Longer le Golfe du Mexique par l’Ouest. Descente en Amérique centrale. Panama. Ecuador. Guyane. Remontée de l’Amazone. Chili. Argentine. Cap Horn.

Vitus Béring était un danois qui commandait dans l’armée russe sous le nom d’Ivan Ivanovitch. En 1741, il réalisa pour le compte de la Russie la connexion avec l’Amérique par l’Est (le territoire découvert sera bientôt nommé Alaska). La Russie comptant exploiter ce nouveau passage -désormais appelé Détroit de Béring suite à la mort de l’explorateur, les Espagnols réagirent et firent monter leurs troupes (le reste de l’histoire a déjà été expliquée).

Le nom du Cap Horn ne provient pas de l’héritage funeste d’un grand navigateur aspiré par une vague scélérate (bien qu’il s’y en produise beaucoup à cet endroit). Il provient du nom de la ville de Hoorn aux Pays-Bas, d’où étaient issus un marin et un marchand qui furent chargé d’établir un monopole pour une compagnie hollandaise. Celle-ci cherchait en effet à établir une route alternative au Cap de Bonne Espérance dans la route mythique des Indes. Les deux vaillants trouvèrent cette pointe, et la nommèrent Kaap Hoorn.

Si les noms des limites de ce continent expliquent beaucoup, entre ces deux noms justement, il y a une autre histoire. D’hommes qui avaient la conscience passionnée de perdre leur vie à découvrir le monde, et d’hommes qui furent décimés afin d’optimiser les merveilles que ces découvertes apportaient aux puissances occidentales.

Les découvreurs ont-ils été victimes de leurs découvertes? Qu’en penserait Alfred Nobel, inventeur de la dynamite? Mais… ne caricaturons pas Nobel… Ce serait trop facile (et c’est une autre histoire qui aurait mérite à être développée).

En attendant, je dors.

______________

*L’utilisation du terme “découvreur” n’a rien de péjoratif, elle renvoie simplement à la période de l’histoire qui y correspond: Les Grandes Découvertes (et non celle qui la suit immédiatement: la Colonisation des Nouveaux Mondes)

La vague scélérate

10 août 2008 - Une réponse

C’est une découverte scientifique récente, d’à peine une dizaine d’années (1995), mais les marins la connaissaient depuis les temps anciens. Elle est responsable de dizaines de disparitions presque spontanées de bâtiments marins énormes tels que des tankers ou des plateformes pétrolières.

Une vague énorme, d’une taille effrayante, d’une force inouïe, du feu de Dieu. Ou plutôt le contraire: de l’eau du Diable. C’est la Freak Wave, la Rogue Wave, la Vague Scélérate. Le qualificatif utilisé en français dénote pas mal de sa personnalité d’ailleurs: scélérat… Sale, gras, poussiéreux, où les souris pulullent. Criminel. Vicieux. Perfide.

La vague scélérate est une perfide Manon. Une dame sans foi ni loi, qui envoie par le fond ce que la terre a construit. Elle se forme subitement, parcours quelques centaines de mètres, et disparaît à nouveau dans l’océan. La science ne l’explique pas encore. Soit elle aspire la force des vagues devant et derrière elle, soit ce serait un phénomène de soliton, sorte d’accouplement d’ondes qui, quand elles ne forment plus qu’un, se déplace parmi les autres sans en subir d’interférences.

Une vague d’amplitude normale a une hauteur comprise entre 7 et 15 mètres, et une pression moyenne de 12 tonnes par mètres carrés. La vague scélérate s’élève à 30, voire 35 mètres, soit un immeuble de 10 étages, et excerce une pression dépassant les 100 tonnes par mètre carré. Aussi, sa forme est différente, plus proche du mur d’eau que de la vague courbée.

Aussi, elle défie les statistiques. Dans les théories portant sur les vagues, son occurence serait presque nulle. Or parmi les millions de vagues générées chaque jour à la surface du globe, les relevés indiquent que les vagues scélérates apparaissent 100 fois plus que les modèles théoriques ne l’autorisent. Et c’est à ce titre notamment qu’elles sont interpellantes, car elles remettent en cause des choses considérées comme acquises depuis longtemps.

Une autre forme encore plus rare de vague scélérate existe, qui lui est totalement inexpliqué. Appelées “Les Trois Soeurs”, il s’agit de trois vagues scélérates successives, cause de dégâts encore plus considérables.

Malgré leurs exploits redoutables, ces sirènes sombres témoignent du charme de la nature insaisissable, sa force respectable et indomptable, et le mystère séduisant de l’inexpliqué.

Pour en savoir plus:
Reportage de France 3

Sources:
Ifremer
Nature
Wikipédia

Montréal n’est pas française

8 août 2008 - Laissez un Message

L’Amérique du Nord, si l’on peut généraliser -et je ne m’en prive pas ici, a ces choses insupportables et  charmantes pour un européen, qui génèrent un sentiment complexe d’admiration, de jalousie, de dégoût et d’insouciance.

Montréal, me disait un londonien, c’est comme une ville française. Je ne sais trop pourquoi il a réussi à me pondre cela, mais il l’a fait (et je ne lui ai pas demandé s’il avait déjà été en France… en apparence: non).

Montréal a plus en commun, certainement, avec toute autre ville Nord américaine. Des rues qui, si elles portent un nom et non un chiffre ou une lettre comme aux USA, se coupent en angle droit (au total vous avez un découpage de la ville tout à fait quadrillé). Des voitures bien américaines, des fast-foods partout, quelques semblants de monuments historiques ayant quelques décennies…

La France?, Montréal n’en garde de trace que le français, à vrai dire parfois méconnaissable.

Montréal, non, définitivement non, n’est pas française. Mais Montréal a cette force des vraies villes américaines, cette force culturelle qu’on qualifierait abusivement d’européenne. Celle que San Francisco possède, comme Chicago, New York ou La Nouvelle Orléans. Ce n’est pas un agglomérat de suburbs qui ne forme qu’un regroupement de bâtiments pâles, à l’instar de Los Angeles, Phoenix ou Miami, c’est un vrai centre urbain.

Et ces villes nord américaines, si elles tentent naïvement de se construire une histoire séculaire, ont cet avantage, précisément, d’être récentes. En quoi la jeunesse est-elle un mal? En rien. Cela vaut aussi pour Montréal.

On y trouve un éventail d’activités en plein air, des manifestations nombreuses, des liens avec le monde, une culture urbaine, des artistes, un centre-ville digne de ce nom. Et c’est surtout ce dynamisme serein, cette confiance fraîche, cette rapidité d’action propre aux villes nord américaines.

Au même titre que Berlin, Barcelone, Prague… Montréal est une ville enjouée, forte par sa relative petite taille (on traverse à pied les principaux centres de la ville en une heure), un endroit où il fait bon vivre, en somme.

A nos deux rives

3 juin 2008 - Laissez un Message

A ceux qui disparaissent, comme ça, paf, un jour, sans s’y attendre. De terreur ou d’effroi, ou simplement sans s’en rendre compte.

Dans la salle d’attente, une femme blonde, jeune, le visage rond et délicatement bouffis. Son ventre est bombé. Le lien est facile, à la mort, à la vie.

A ceux qui regardent l’ouverture du reste de leur vie à travers une fenêtre qui se ferme, qui dans leurs yeux perdent le sens du lendemain, des années qui s’écouleront, des petits-enfants qu’ils ne connaîtront pas, et qui déjà se trémoussent dans le corps de leur maman.

Le cycle imparable de l’envie de donner la vie à s’en émoustiller les sens, à inspirer d’un rêve en commun, et l’issue qui ne manquera jamais à se manifester.

Et entre les deux. Des larmes de joie, des larmes de tristesse. Les émotions de la vie. S’il n’est bien qu’un objet en ce monde, c’est le ressenti. La passion de deux regards, les personnes que l’on aime, ce qui nous entoure, ne jamais s’en lasser.

A Fanny

9 mai 2008 - Laissez un Message

C’est un des plus beaux prénoms de la langue française, porté par des héroïnes effrontées, passionnées, puisant la vie dans toutes ses rondeurs; elles qui hier vivaient comme des pommes lumineuses et rouges d’envies.

Aujourd’hui était une journée ensoleillée. La lumière est là depuis les matines, éblouissant les insomniaques qui venaient à peine de trouver sommeil. La lumière.

Et au soir, que la lumière se disperse à l’horizon, fleurtant avec les arbres verts, et éventuellement se dissipe… Au revoir petite dame indomptable.